Quand on oublie un peu les autres

Au fil du temps, les choses acquises deviennent un dû. On connait tous l’histoire des parents pauvres qui se sont démenés pour s’en sortir et dont les enfants pourris gâtés ne comprennent pas que tout cela ne va pas de soi. Quand tu n’as pas à te battre pour avoir quelque chose, cette chose te parait insignifiante et tu en veux toujours plus. Tu perds la valeur des choses. Tu me diras, c’est comme cela que la science et la technologie évoluent, on ne va pas passer notre temps à refaire la roue.

Mais peut-on appliquer cette façon de faire pour les choses que l’on nous offre ? Peut-on réclamer plus, toujours plus que la dernière fois ?

Partout on encense le système français, on en est fier de notre système. Je t’avouerais que sans lui, l’école n’aurait pas été un plaisir. Chaque année nous recevions la CAF, cela nous permettait d’acheter nos affaires scolaires et de refaire notre garde robe. Combien de fois, depuis que je suis adulte, j’ai entendu des gens dire que la CAF est une aide pour les enfants qui sert à payer l’alcool des parents. Je ne vis pas dans un monde de Bisounours, je me doute que ça existe mais je pense que c’est une si petite minorité que l’on ne devrait pas la compter. C’est triste pour les enfants mais on ne peut rien y faire.

En revanche, la phrase que j’entends plus, sous différentes formes, et qui pour le coup me choque énormément, est une phrase du style « j’ai pas pu payer un cartable Nafnaf à ma fille, l’État est un radin sur sa CAF ». Ça n’est jamais dit de la même façon mais on peut la résumer à « L’État ne me donne pas assez pour élever mon enfant ». Je l’entends dans la rue, j’ai entendu les amies de ma mère le dire, ma mère elle-même, je le vois trop souvent sur Facebook, etc… C’est un état d’esprit que je ne vais pas qualifier de général mais de récurrent.

Maintenant, je vais te poser deux questions, à toi qui es mère/père (j’entendais la même du côté paternel) :

-Est-ce que l’État t’as obligé à fonder une famille ?

-Est-ce que l’État est le père/la mère de ton enfant ?

Aux deux questions, la réponse est évidement non. Alors, pourquoi l’État devrait payer un centime pour l’éducation de ton enfant ?

Dans l’histoire, la CAF est (était ?), je suppose, une aide pour pousser la démographie nationale. Il est important pour un pays d’accroitre le nombre de ses habitants (surtout pour la retraite) donc aider les familles c’est un peu du donnant-donnant : je fais un futur travailleur et en échange tu m’aides à l’élever.

De base, ça n’est que mon avis, je n’ai jamais compris la justification de cette aide. Si je demandais à toutes les mères que je connais/ai connu elles me diraient toutes que même sans CAF elles auraient fait leur enfant. Parce que ce n’était pas qu’une question d’argent, avoir envie d’un enfant c’est quelque chose que tu as dans les tripes, ça ne se résume pas à une aide de l’État.

Mais si ce n’était pas nécessaire à la base, pourquoi te plains-tu encore et encore de ce que te donne l’État ? Il n’y est pas obligé au final, mais il le fait, gracieusement j’ai envie de dire.

Ce qui m’horripile, c’est cette façon de penser, d’oublier que ce que l’on reçoit n’est pas un dû, que l’État n’y est pas obligé à part l’ancienneté de la CAF (depuis 1945 donc l’enlever du jour au lendemain passerait difficilement). Je ne suis pas là pour pointer du doigt ceux qui bénéficient de cette aide, j’en ai fait partie, mais ceux qui en réclame toujours plus, ceux qui oublient qu’avoir un enfant est peut-être un droit (et encore pas donné à tout le monde) mais sûrement pas un devoir. Rien ne t’oblige à être parent, ça n’est ni vital, ni un besoin de première nécessité. On pourrait résumer trivialement ça à « si tu n’en as pas les moyens, ne le fais ». Une phrase qui s’applique à beaucoup de choses mais que si tu oses le dire à un parent qui se plaint de sa CAF, t’as intérêt à courir vite.

Peut-être, me diras-tu, que c’est un esprit général en France pour plein de choses et c’est vrai. Quand tu vois les aides énormes accordées à des réalisateurs pour faire des films ou bien à des journaux (nous avons tous vu les mêmes chiffres), des aides pour des choses non nécessaires, non vitales il y en a à la pelle. Je suis sûre que nous n’en connaissons pas le tiers ! Mais est-ce une raison de continuer à penser pour soi ?

Quand j’entends des parents se plaindre, je vois chaque personne âgée que j’ai aidée pendant la canicule et après dont les placards étaient remplis de boites pour chat (parce ce qu’il y a moins de gras que dans celles pour chien :s) ou alors étaient vides. Des personnes pas assez handicapées pour mériter une aide à domicile mais assez pour devoir se laver au lavabo dans la cuisine car la baignoire était inaccessible.

Manger, avoir un toit sur la tête, être au chaud c’est pour moi, quelque chose de vital. Quelque chose sur laquelle on devrait se concentrer pour que personne ne soit ni à la rue ni dans des conditions de vie exécrables. Alors quand j’entends des gens se plaindre, encore une fois parce qu’ils n’ont pas eu assez alors que cette aide n’est déjà pas justifiée par un quelconque besoin  j’ai mal. J’ai une pensée pour tous ces gens qui sont vraiment dans le besoin et j’ai mal. Mal de savoir qu’il y a des gens incapables de se rendre compte de leur chance et qui foulent du pied de l’égoïsme  le dénuement des autres.

Donner

Fluffy.

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