Pourquoi écrire ?

Le prix de la différenceBonjour à tous. Je me prénomme Maria mais je préfère que l’on m’appelle Marie ; « Maria » me rappelant sans cesse l’époque où j’étais femme de ménage.

J’ai 50 ans. Je suis d’origine portugaise par mes deux parents.  Je réside en France, depuis septembre 1971, un merveilleux pays (quoique l’on en dise ! ) que je n’ai jamais quitté.

Je garde de mon pays natal le sang chaud, une peau mate et salée, la couleur brune de mes cheveux et le marron de mes yeux… Un fort caractère aussi.

La mélancolie des « fados » traditionnels me rappelle parfois que l’on reste toute sa vie « un étranger » partout où que l’on aille…

Mais je n’écris pas pour vous raconter mon parcours d’immigrée ou de pauvre petite fille  déracinée… Non.

Alors, à la question :  » Pourquoi écris-tu ? « … Je répondrai ceci :  » J’écris pour me raconter ! « 

Oui car nous avons tous en nous, une histoire qui est la nôtre, qui nous appartient et qui pour certains, est partagée avec un public, un lectorat.

Se raconter sa propre histoire, ses propres émotions, ses sentiments, aide sans aucun doute, à éclairer en soi, tout ce qu’on ne veut pas voir ou savoir. Par exemple, en ce qui me concerne, grâce à l’écriture, je sais désormais que je suis une douce rêveuse. Depuis toujours. Depuis la nuit des temps…

Lorsque je suis née, je rêvais déjà d’être une gentille petite fille, adorable avec tous, merveilleuse avec Maman et compréhensive avec Papa.

J’adorais également mes six frères et sœurs, plus âgés que moi, qui me servaient de références ou de compagnons de jeux (souvent interdits).

Bref ! Pour moi, ma vie était déjà un roman…

Nous habitions au bord de l’Océan Atlantique, dans un tout petit village de pêcheurs, dans une belle maison en pierre, solide comme du roc.

En hiver, lorsque les vents se levaient, Maman hébergeait régulièrement quelques familles de pêcheurs ayant perdu leurs petites cabanes faites de planches. La mer était souvent rude avec ces constructions précaires et nous aimions accueillir d’autres enfants, avec lesquels on pouvait alors jouer à volonté.

La pauvreté a cela de riche : la solidarité !

Ma vie s’est écoulée ainsi pendant neuf années, au rythme des tempêtes parentales comme celles d’une mer déchaînée, les jours où l’écume devient jaunâtre…

Je ne me souviens pourtant pas d’avoir souffert de la misère ou de la faim. Je me souviens juste du manque d’affection, de tendresse ou de câlins. Nous étions trop nombreux pour bénéficier de ce privilège.

Nous avions une mère tiraillée, du matin au soir, entre l’organisation d’une famille à nourrir et celle d’être une femme-mère, qui élève seule ses sept enfants. Mon père était absent de notre vie, comme de la sienne.

C’était un homme de mauvaise foi, égoïste et désabusé. Ses principaux intérêts demeuraient les siens, secrets et mystérieux aux yeux de son entourage. Je l’ai connu pendant six années mais je n’ai jamais su vraiment qui il était. Je garde en mémoire son visage doux et grave à la fois, son regard profond, pénétrant mon âme, son allure impeccable et soignée et ses mains parfaitement entretenues, comme s’il fréquentait régulièrement une manucure !

De ces années-là aussi, je revois parfois, les tristes bagarres du couple, les mots injurieux de l’un et de l’autre, les trahisons adultérines de mon père et la souffrance désespérée des deux, qui n’ont pas su s’aimer, se comprendre, se protéger… La vie en a décidé ainsi. Mon père est parti définitivement, un jour de mai 68 et ma mère s’est enfuie en 1971, de son pays natal, pour rejoindre son fils aîné, clandestinement arrivé en France et recruté chez Michelin, pour éviter de mourir jeune au combat, à la guerre d’Angola.

J’avais neuf ans. Les cheveux courts à la garçonne, un corps mince et droit, sans formes féminines et un caractère déjà bien trempé.

Rêveuse et Rebelle. Les deux à la fois !

J’ai toujours su depuis toute petite ce que je voulais ! Je n’ai jamais eu de doutes concernant ma vie future, d’adolescente ou d’adulte.

Je regardais souvent au loin, vers cet horizon qui n’en finit pas et je jubilais de joie de me dire qu’un jour… oui, un jour, peu importe quand… J’y arriverai !

Mais arriver à quoi ? Me direz-vous. Je l’ignorais à l’époque, mais je savais que j’irai un jour au bout de mes rêves !

J’étais déjà certaine que ma vie sur cette terre ne serait pas inutile, ne serait pas vaine et que certainement, nous avions tous une mission à accomplir ici-bas. Mais laquelle ?

Dieu nous donne-t-il le mode d’emploi ? Le carnet de route ?

Non. Seules nos convictions, nos croyances, notre foi en nous-mêmes, permettent-elles parfois, de nous installer parmi nos semblables et de vivre en communauté avec eux. Mais la vie de chacun reste sa propre vie et la difficulté n’en est que plus grande lorsqu’il faut « faire  avec »  les autres.

Ces autres qui nous ressemblent tant, mais qui demeurent des étrangers, chaque jour un peu plus et vers lesquels, nous avons si difficilement envie d’aller… Ces autres qui sont  » nous  » quelque part, mais auxquels l’on se refuse d’être « clonés », pour ne pas perdre notre propre identité.

Alors, on se compare, on se dissocie d’eux, on essaye d’être différents, uniques et d’exister, autrement que le commun des mortels. C’est alors qu’interviennent les qualités et les défauts en chacun de nous et le combat perpétuel face aux épreuves de toute une vie, afin de « gagner » notre place sur cette terre.

Napoléon Bonaparte voulait faire de la France un pays d’éden, un pays à la hauteur de ses ambitions narcissiques et mégalomanes…

Moi, j’ai fait de la France mon pays d’accueil, mon antre de vie, mon terrain de jeux, mon champ de bataille !

Si cette partie de moi vous a plu, la suite paraîtra bientôt, dans le prochain numéro des G.B !

Marie Da Cruz de Mon Blog est un Roman…

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10 réflexions sur “Pourquoi écrire ?

  1. Oh, très joliment écrit, cet article ! Très doux, très touchant aussi. 😉

    Quant à la réponse à la question, quelque part, c’est vrai. Chacun a son histoire, sa vie, chaque expérience peut en aider une autre. Bref, tout vaut d’être lu ou écrit.

  2. Je trouve ton article très joliment écrit. Il explique bien ce qui a pu générer ton besoin, ton plaisir d’écrire, l’envie de te raconter. On a tous un vécu différent, plus ou moins difficile, mais les épreuves nous forgent et nous rendent plus matures, plus lucides, plus beaux et plus conscients des vraies choses, nous permettant ainsi de les communiquer à l’oral ou à l’écrit (si on sait saisir l’opportunité qu’elles représentent).

    • Merci infiniment Sacré Lotus pour ton joli commentaire ! Venant de ta part, cela me touche encore plus !

  3. Pingback: Pourquoi écrire ? | MON BLOG EST UN ROMAN...MON BLOG EST UN ROMAN…

  4. Très bel article, j’ai pris beaucoup de plaisir à le lire ! C’est vrai que ta vie a de quoi faire un roman, tu as vécu plusieurs vies on dirait ! C’est très bien écrit, j’attends la suite 🙂

  5. Je vous adore les Filles et vous remercie pour vos commentaires élogieux ! Pour répondre à Ode, oui, j’ai pas mal vécu de choses. Toutefois, je pense que j’ai davantage vécu diverses histoires (plus ou moins passionnantes) en une seule Vie, car nous possédons tous en nous : Le roman de notre vie, où s’écrivent plusieurs chapitres… Promis les Filles, je vous raconte la suite très bientôt ! 🙂

  6. Je te dirais simplement à la lecture de cet article que c est très coloré, tu as décris ton pays, ta maison, la mer et la musique et je vois tout cela plein de couleurs, c est la base d un scénario de film. Ensuite, l histoire d’amour de tes parents (même si elle paraît triste) est magnifique, c est plein de passion, j aime beaucoup. On n’est pas pauvre si on reçoit de l’amour et là je te rejoins encore. Ta mère n avait pas le temps pour les câlins ou mots d’amour, elle devait travailler et en plus elle devait être si triste au départ de ton père…… Ta force , si vite révélée, t a servi tout au long de ta vie et plus encore lorsqu’ on est immigrée car lutter tu as appris très tôt ce que cela veut dire . Tu sais que j en suis une aussi, déracinée pour toujours et en même temps riche d’une double culture. Vite la suite, le roman de ta vie !

    • Merci Gabriella pour ton commentaire où tu lis en moi comme dans un livre ! Wouah ! Ton analyse m’impressionne ! Merci encore et à très vite pour la suite…

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