Le pouvoir des mots

imagesIl y a quinze jours, sur le site de Génération Blogueuse, je vous ai raconté comment l’envie d’écrire m’est venue et surtout, « Pourquoi écrire » ?

Vous avez été nombreux à réclamer la suite de ce récit et je vous en remercie.

Alors, c’est avec une infinie gratitude et émotion que je vous livre un peu de la suite… Bonne lecture à tous !

Jusqu’au bout des Mots…

A l’école déjà, j’avais vite compris que le « pouvoir des mots » était extraordinairement puissant. J’ai su rapidement qu’une parole, un mot, un cri, un juron… me déchiraient  le cœur et me faisaient frémir de rage !

Je comprenais très mal cette langue si particulière qu’est le français mais si riche et si compliquée à la fois.

Chez moi, la langue natale s’écrit comme elle se parle, ni plus, ni moins.

Je saisissais mal la traduction, n’arrivais pas à lier les mots à leurs sens, ne parvenais pas à assimiler les synonymes ni les homonymes… J’étais si déroutée parfois que seule l’envie de réussir à bien parler me sortait la tête hors de l’eau !

C’est ainsi, par une douce matinée d’automne, dans ce village si petit du Berry, que je pris une décision irrévocable : je parlerai mieux le français que quiconque !!!

« Perlin, Pinpin et Aline vont à l’école », voici la toute première phrase en français que j’ai apprise en 1971. Je ne l’ai jamais oubliée !

De ces années-là, je garde le souvenir douloureux qu’exige d’apprendre chaque jour des mots nouveaux, des phrases incompréhensibles, butant sans cesse sur les accents, les phrasés, les dictions impitoyables…

Toutefois, j’y arriverais ! Il le fallait.

J’ai travaillé longtemps, pendant des heures et des heures, sans répit, sans jamais me décourager. J’ai répété, redit, relu, réécrit aussi… J’ai travaillé, travaillé, travaillé encore jusqu’à l’épuisement, du haut de mes neuf ans.

J’aidais mes frères, eux-aussi, dans la difficulté du langage. J’expliquais à ma mère la signification des quelques mots essentiels à la vie pratique. Je devenais « instit » pour quelques minutes à mon tour.

Dans ce « trou à rats », il n’y a avait qu’une seule école qui réunissait quatre classes en même temps : le CP, le CE1, le CM1 et le CM2…

J’alternais régulièrement du CP au CM1 dans une même journée, car j’avais déjà acquis, dans mon pays, les notions de mathématiques et de toutes les matières ne nécessitant pas d’orthographe. Mes frères et moi étions devenus imbattables sur les chiffres et la géométrie !

Puis, le temps a passé jusqu’au CM2. Plus question que des enfants de cinq/six ans du CP se moquent encore de nous ! Je comprenais enfin leur langue, leur langage.

Nous rentrions, mes frères et moi, exténués par toutes les bagarres dans la cour d’école, contre ces « petits monstres» qui nous faisaient si mal ! Leur cruauté à l’égard de « l’étranger » les rendaient plus méchants encore que leur âge ou leur condition sociale. Ils aimaient se moquer de tout ce qui pouvait être différent d’eux. Aucun d’eux ne nous a rendu service.

Maman ne supportait pas qu’on puisse venir chez elle l’en informer et avait souvent honte de nous.

Alors, non seulement nous avions la hantise terrible de retourner à l’école le lendemain, mais nous savions d’office que la raclée maternelle allait s’abattre sur nous, comme la foudre.

« Vous n’avez pas le droit de maltraiter ces enfants, ils sont d’ici, ils sont chez eux ! »  nous rabâchait sans cesse notre mère, en nous hurlant dessus.

Et c’est ainsi qu’insidieusement, notre « haine » de ces gamins augmenta à chaque volée… perdue.

Perdue ? Pas pour tout le monde.

J’avais décidé que ces coups portés à mon corps me seraient davantage utiles pour gagner.

Souffrir ? Oui, mais pas pour de faux, pas pour rien.

Le combat allait commencer et la lutte serait acharnée.

La sixième est arrivée très vite, finalement. Nous avons entre temps, déménagé dans un autre département et le collège nous ouvrit grand ses portes.

De vagues souvenirs me restent de cette époque. Ou plutôt rien de bien marquant. J’y ai découvert mes premiers « pétards » entre copines et copains, sous un grand chêne et l’horreur des vomissements sur la lunette des toilettes, bien sales. Je n’y ai pas retouché pendant longtemps.

Maman ne voulait pas que je poursuive mes études de lycéenne. Elle n’en avait pas les moyens financiers et puis, après tout, pour quoi faire ?

Les conflits entre mère et fille avaient démarrés bien avant cela. Néanmoins, je ne comprenais pas bien sa décision. Et puis, comment oublier ma lutte, mon combat pour être la meilleure en français ?

J’ai donc pris la décision, malgré son avis, de continuer mes études ! Mais comment allais-je m’y prendre ?

Comment ? Je l’ignorais totalement mais je serai avocate ! Ni plus, ni moins. Avocate me permettrait de savoir parfaitement parler français et aussi de l’écrire correctement, comme il le fallait.

Je suis donc allée voir une assistante sociale du quartier, lui racontai tout mon parcours d’immigrée, de petite fille qui veut s’en sortir… bref, toutes les jérémiades classiques et j’obtins ainsi une bourse, assortie à ma demande, d’un internat tous frais payés, à seulement vingt kilomètres de chez moi !

Ma mère ne pouvait refuser. Les assistantes sociales s’en étant mêlées, elle avait peur qu’on lui coupe les allocations familiales.

C’est ainsi que je me suis retrouvée en seconde, au lycée, dans un internat de jeunes filles, durant  la semaine.

J’étais une assez bonne élève. Consciencieuse, appliquée, sérieuse et toujours joyeuse.

La vie me plaisait de plus en plus. Vivre me paraissait la chose la plus douce, la plus subtile et la plus mystérieuse possible. Je me levais tous les matins, parmi quelques dizaines de filles, avec le même bonheur d’être presque en train d’y parvenir. Mon rêve allait enfin se réaliser !

Mais, ce que vous ne savez pas… c’est que je n’étudiais pas en fait pour faire un Bac littéraire, mais un Bac G1. Rien à avoir. Mais les études littéraires étaient longues et la Maman n’était toujours pas d’accord.

Gestion et Commerce. Bah voyons !

« Pour ce qui est d’être un jour avocate, il va falloir y repenser, ma petite fille !» me dit ma mère soudain.

Tant pis. J’irai jusqu’au bout. C’est toujours un Bac…

Marie Da Cruz de Mon Blog est un Roman…rédac gb's 100

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10 réflexions sur “Le pouvoir des mots

  1. Ah, Marie, j ai l’impression de lire ma propre vie d immigrée. Merci à toi de continuer ce récit. Enragée de réussite à tout prix, on apprend de très loin que la vie peut être douce aussi, qu on peut s’y lover sans obligatoirement devoir lutter chaque jour. On sent ta force ma belle, on sait pourquoi tu es la femme d’aujourd’hui……….

    • Je savais que tu allais t’y retrouver, ma chère Gabriella ! En tout cas, merci pour ta fidélité à me lire et à me suivre… J’ai hâte que l’on se rencontre un de ces jours…

  2. Pingback: Le pouvoir des mots | MON BLOG EST UN ROMAN...MON BLOG EST UN ROMAN…

    • Merci Axelle ! La détermination permet de réaliser pas mal de nos rêves, quand bien même le parcours peut être difficile. Savoir très tôt ce que l’on veut faire de sa vie, aide considérablement à avoir confiance en soi. La vie peut ainsi devenir un long fleuve tranquille… 😉

  3. Je viens juste de finir de lire ton article…j’adore ton écriture, c’est passionnant; j’ai l’impression de lire un roman….vivement la suite !

    • Merci Ode ! Ton commentaire me touche, d’autant plus que j’hésitais à publier la suite… En effet, on ne sait pas finalement, si j’ai eu mon BAC ou pas ?… 🙂 Bisous à toi !

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