Mise en avant : Faire le deuil de sa Maman

Malise a participé à notre mise en avant et fait partie des 5 articles sélectionnés.
Parce que je serai toujours cette enfant qui a besoin de sa Maman

Cela a fait huit ans le 20 janvier que ma Maman est partie. Huit années, faites de souffrance, de déchirements, d’incompréhension, de colère, de mal-être. Huit années, faites d’amour, d’espoir, de bonheurs, de rires. J’étais déjà adulte quand elle s’est éteinte, mais j’étais encore son enfant. Je vivais ma vie en veillant à ne pas trop m’éloigner d’elle, je décidais des choses mais sans jamais me passer de ses conseils.

Ce n’est pas le premier billet que j’écris à ce sujet. Je me souviens vous avoir expliqué ici à quel point nous étions différentes, à quel point notre entente était chaotique. Ma Mère n’était pas ma meilleure copine, elle n’était même pas mon modèle. Nous étions bien trop différentes. Elle, toujours si féminine, en robe et bas, chaussures à talons, toujours poudrée, toujours parfumée. Parfois, j’ai l’impression de sentir encore son maquillage qui me faisait éternuer, et ses parfums trop forts qui me rendaient malade en voiture. Et moi… Moi, bien loin de tout ça!

Nous n’étions pas souvent d’accord, notre vision de la vie différait et entraînait régulièrement des querelles. Je me voulais libre, indépendante, sans attaches. Elle ne vivait que pour son mari, ses enfants, sa maison. La plupart de nos discussions se terminaient dans les cris, les portes claquaient souvent, même bien après la fin de mon adolescence.

Et pourtant, je ne m’imaginais pas sans elle. Elle a toujours pansé mes plaies, soufflé sur mes blessures. Elle savait trouver les mots justes, m’apaiser, me redonner confiance. Elle me serrait dans ses bras, et je savais qu’il y avait quelqu’un sur qui je pouvais compter. Elle m’a montré l’exemple, elle a su me guider, et même si elle a fait bien des erreurs, je ne pense pas qu’elle s’en soit jamais rendu compte.

J’ai grandi dans l’ombre de mon frère, cet enfant tant désiré dont mon Père parlait à ma Mère en disant « ton chef d’œuvre ». J’ai toujours eu l’impression d’être le vilain petit canard, de ne pas être à la hauteur, tandis que mon frère avançait dans la vie avec un ego digne de ce nom, et une certitude de réussite qu’il ne dément pas aujourd’hui.

J’ai grandi en ayant peur qu’elle m’abandonne encore, comme lorsque j’avais sept ans et qu’elle était partie avec mon frère. Et pourtant elle l’a fait, de nouveau, en partant seule.

Mais j’ai aussi grandi en voyant une femme accomplie. Elle a eu des enfants, n’a jamais cessé son activité professionnelle. Elle aimait son travail, se passionnait pour le tennis et le jardinage, était très entourée. Il émanait d’elle une joie de vivre qui la faisait rayonner. Je sais qu’elle n’a pas toujours été heureuse, mais elle s’est toujours relevée. Grâce à elle et à mon Père, j’ai eu sous les yeux l’image d’un couple uni, subissant des tempêtes mais réussissant à les surmonter par amour.

En novembre 2003, ma Mère a commencé à se plaindre de forts maux de ventre. Devant notre insistance, elle s’est rendue chez notre médecin de famille, qui la connaissait depuis de nombreuses années. Celui-ci, pas plus inquiet que ça, l’a renvoyée chez elle en lui disant que c’était sans doute parce qu’elle était stressée. Rien de plus.

En février 2004, bien trop tard, le diagnostic du cancer est tombé : le côlon. Chimio, opération. En l’espace de quelques semaines, ma Mère a perdu ses cheveux, 15 kilos.  Elle souffrait énormément, mais elle était toujours optimiste, toujours joyeuse. Mon Père était à ses côtés, bien plus que nous qui ne comprenions en réalité pas la gravité de son état, ni l’intensité de ce qu’elle subissait.

Cet été-là, les médecins se sont aperçus que le côlon était soigné. Mais des métastases avaient migré sur le foie. Nouveau protocole, nouvelles douleurs. Elle a commencé à faire de la rétention d’eau.

Fin décembre 2004, elle a été hospitalisée en urgence. J’avais alors un travail qui m’obligeait à me déplacer quotidiennement, j’avais demandé à être arrêtée pour pouvoir aller la voir tous les jours. Je me couchais sur son lit, à côté d’elle, et elle me caressait les cheveux, pendant des heures. Nous n’évoquions jamais son état.

Un jour, j’ai demandé à parler à son médecin, parce que je voulais qu’il m’explique la situation. Mes parents ne disaient que ce qu’ils voulaient bien me dire. Ma Mère allait sortir pour les fêtes, elle allait visiblement mieux. Elle mangeait bien, tenait debout, avait repris du poids …

Le médecin m’a dit tout de suite qu’elle était condamnée, et que c’était la fin. Elle allait mieux, parce qu’ils avaient arrêté la chimio, et qu’elle vivait sous morphine. Je crois n’avoir jamais ressenti un choc aussi grand. L’impression d’un grand vide, d’être passée à côté d’elle, d’avoir complètement nié l’évidence et volontairement fait comme si le cancer était une maladie bénigne. Il m’a dit qu’elle risquait de ne pas passer les fêtes.

Je ne me souviens pas très bien de cette période, il y a comme un voile qui recouvre ma mémoire. Je revois ma Mère, couchée sur le canapé de leur maison, avec sa chienne Vanille (un cadeau de mon Père au début de sa maladie) à ses côtés, la tête posée sur son ventre. Elle me guidait afin de décorer la maison, d’installer le sapin. Ce Noël-là, mon frère s’est déguisé en Père-Noël pour le fils de ma cousine chérie, à la grande joie de ma Mère. Ce réveillon du jour de l’An-là, j’ai fait la connaissance de mon Amoureux.

Vingt jours plus tard, elle n’était plus là. Et il m’a fallu apprendre à continuer sans elle.

Je vivais le pire moment de ma vie, mais j’étais amoureuse comme je ne l’avais jamais été. C’est sans aucun doute notre rencontre qui m’a sauvée de la dépression. Je me suis complètement tournée vers mon Amoureux, je me suis consacrée pleinement à notre histoire qui me donnait des ailes et me faisait oublier la réalité. Pendant des mois, j’ai eu une peur phobique de l’abandon, je redoutais que mon Amoureux ne me quitte et lui mettais une pression d’enfer sans le vouloir. Mais il a tenu bon, et j’ai essayé d’avancer. Je me souviens de l’année 2005 comme d’un tourbillon de bonheur, dans ses bras. Le désespoir de partir le matin, les petits signes dans la journée, la hâte de le rejoindre.

Mon Père n’avait pas besoin de moi, puisqu’il avait rencontré quelqu’un qui lui permettait de garder la tête hors de l’eau.

Pendant très longtemps, j’ai continué à prendre mon téléphone pour appeler ma Mère quand il se passait quelque chose. Je ne le fais plus, mais qu’est-ce que ce geste pourtant si anodin me manque!
J’ai connu deux grossesses, sans avoir ma Maman avec qui en parler, mais je n’ai jamais cherché à trop réfléchir à ce sujet. J’aurais donné n’importe quoi pour voir sa réaction le jour où on lui aurait annoncé qu’elle allait devenir Grand-Mère. J’aurais aimé qu’elle connaisse ses petits enfants, parce que je sais que c’était son souhait le plus cher. Mais je ne sais pas encore comment je leur parlerai un jour d’elle. Souvent, nous discutons avec mon Amoureux et je dis que les choses auraient été tellement différentes si elle était encore là. Puis je lui dis que de toute manière elle n’est plus là, alors ça ne sert à rien d’imaginer …

Je vais bien, je crois. Je vais bien, mais je pense à elle très souvent. Je vais bien, mais je sais que je serais une personne bien différente aujourd’hui si elle était encore là. Je n’aurais pas l’impression qu’il me manque une partie de moi. Je n’aurais pas le cœur amputé, et la sensation d’être sans arrêt à fleur de larmes. Je ne serais pas celle qui se voile la face, celle qui veut montrer qu’elle tient bon, mais qui éclate en sanglots devant une ostéopathe qu’elle ne connaît pas, juste parce qu’elle lui a dit ces quelques mots : « Cela ne doit pas être facile de devenir Maman sans sa Maman … ».

Je vais bien, ne t’en fais pas. Je suis juste une enfant qui a perdu sa Maman, et qui est devenue Maman avec le manque de sa présence. Et je crois que je ne l’ai pas encore vraiment admis.

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 …

Hier avait lieu la journée mondiale de lutte contre le cancer. Je me sens concernée, bien entendu, mais je suis sûre que beaucoup d’entre vous l’êtes aussi. Il y a de nombreuses façons de soutenir cette cause, chacun à sa manière, chacun à son niveau. Vous pouvez vous rendre sur le site de l’ARC, vous trouverez beaucoup d’informations intéressantes : http://www.arc-cancer.net/

Il y a aussi le don de sang, de plaquettes, de plasma, qui peut servir à bien d’autres occasions : http://www.dondusang.net/

Merci de m’avoir lue.

 

Malise

 

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2 réflexions sur “Mise en avant : Faire le deuil de sa Maman

  1. Je n’ose imaginer le jour où ma maman ne sera plus là. En plus, j’ai encore ma grand-mère (93 ans) qui nous a fait une méga-frayeur cet été et qui a super bien remonté la pente alors c’est vrai que l’idée du décès de mes parents est encore très loin dans ma tête. Pourtant, un jour ça arrivera, je le sais et ce sera plus « normal » que pour toi qui a perdu ta maman trop tôt. Plein de douces pensées à toi.

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