A TOUT JAMAIS

Juliette marcha droit sur lui et s’arrêta à sa hauteur.

Ses yeux bleus exprimaient tout à la fois l’amour et le chagrin.

« Toi ? » demanda-t-elle.

De ses doigts blancs, elle toucha son visage, frémissant au contact rugueux de la barbe naissante.

Jacques, voulu dissimuler la brume verte de son regard et ne put que répondre d’une voix chevrotante qu’il tenta vainement de masquer par un pauvre sourire.

« Oui, c’est moi. Enfin. »

Il tendit une main brunie par le soleil et caressa d’un geste familier les longs cheveux dorés de Juliette.

« Tu m’as tellement manqué, avoua la jeune femme, ça fait si longtemps que j’espérais te revoir et en même temps… Juliette émit un petit rire sans joie et secoua la tête, en même temps… je ne voulais pas que ce soit trop tôt… pour toi… enfin, tu comprends, termina-t-elle gênée.

Jacques l’écoutait laissant les larmes couler sur ses joues ombrées.

Un crépuscule teinté de mauve annonçait une nuit des plus obscures.

Autour d’eux, tout n’était que silence. Ils étaient seuls dans cet endroit au-dessus de tout, endroit évanescent et mystique.

Jacques, bien que ne s’expliquant pas tout et malgré sa peur, tentait d’apprécier le moment… après tout, il retrouvait Juliette et cela avait toujours été son vœu le plus cher.

Attrapant la main gauche de sa compagne, il fixa son annulaire et parût soulagé en y voyant un anneau d’or.

« Et toi ? » demanda Juliette ; son visage trahissait une confiance sans faille envers son seul amour.

Jacques rit franchement et leva sa main vers son regard; une alliance ternie par le temps ornait son doigt.

« Elle ne m’a jamais quitté », confessa-t-il.

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Le couple, heureux, partageait des larmes de joie qu’une lune ronde crème transformait en diamants.

« Comment vont les enfants ? » s’enquit Juliette d’une voix débordante d’émotion.

Jacques ouvrit la bouche, respira un grand coup et se rendit compte, surpris, qu’il ne savait par où commencer.

« Claire va bien, elle est mariée et a eu un bébé il y a quelques mois. Une petite fille, Coraline. Elle lui parle souvent de toi.

– Oh ! Je suis grand-mère ?! découvrit-elle, enchantée.

– Oui, confirma Jacques ravi, nous sommes grands-parents.

– Et William ?

– Notre fils est un homme, répondit son mari amusé, il a ouvert sa propre boîte de services à la personne.

– Il est avec quelqu’un ?

– Non, il a vécu avec une jeune femme, mais ça n’a pas fonctionné.

– Il est heureux tout de même, il ne pense pas qu’au travail ? s’inquiéta la mère qui était en elle.

– Oui,» la tranquillisa son époux.

Jacques s’approcha de sa femme et contempla, bouleversé, son visage rose.

« Je n’arrive pas à y croire… tu n’as pas changé, tu es aussi belle qu’avant. »

Son mari hésita puis reprit d’un ton ébranlé.

« C’est comme si la mort ne t’avait jamais prise il y a onze ans.

– Ici le temps n’a pas de prise sur nous, lui expliqua Juliette, nous avons le visage de notre plus belle année… elle posa une main sur son torse, toi tu as l’air d’avoir trente ans et ce n’est pas possible.

– Trente ans, répéta Jacques surpris. Il toucha son visage et n’y découvrit aucune ride, sa peau était également vierge de taches brunes. Le pauvre homme bredouilla, mais je suis mort dans mon lit… chérie, j’avais cinquante-six ans !

– Je sais, mais plus ici. »

Il fallut quelques instants à son époux pour se faire à l’idée.

Une part de lui était effrayée de savoir qu’il n’était plus le même, fermant les yeux il respira à petit coup et réussit à se calmer un peu.

Sa femme étant déjà passée par là, le regarda maitriser son appréhension puis le sortant de ses pensées demanda : « Tu t’es remarié ?

– Quoi ?

– Tu t’es remarié ? Après tout, ce serait normal… je suis partie il y a si longtemps et tu étais encore jeune. Tu as forcément dû aimer quelqu’un d’autre après moi… je comprendrais, le rassura-t-elle.

– Non, admit Jacques, je n’ai jamais pu. Je n’arrêtais pas de me dire que les enfants étaient jeunes, qu’ils avaient besoin d’une mère, mais non… je n’ai jamais pu me dire qu’une autre te remplacerait… oh, j’ai bien eu quelques aventures, confessa-t-il d’un air goguenard, presque fier de lui, mais je t’ai été fidèle dans mon cœur et jamais je n’ai retiré mon alliance. Ainsi, j’avais l’impression que tu étais auprès de moi.»

Juliette se blottit alors contre le torse de son mari. Elle posa sa tête contre lui, entendant son cœur battre, comme une réminiscence de sa vie d’avant.

« Je n’arrive pas à croire que je sois mort », constata Jacques que cette pensée continuait d’inquiéter.

Sa femme lui murmura au creux de l’oreille pour le rassurer : « Plus jamais nous ne serons séparés, désormais nous nous aimerons pour l’éternité. »

Jacques embrassa l’amour de sa vie qui tendait avidement ses lèvres.

« À tout jamais. » termina-t-il.

Ode Colin (http://lespagesdeode.cowblog.fr)

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